La « photographie de rue » est un thème traité chaque jour par des millions de personnes et cela fait des décennies que ça dure. Mais est-ce si simple de marcher dans les pas des maîtres du genre ?Qu’elles sont les clés pour réussir une bonne photo de street ? Peut-on réellement faire de très belles photos de rue avec un simple smartphone ? Voici quelques conseils et réflexions pour progresser sur ce thème.

C’est quoi une photo de rue, si ce n’est une photo, comme dirait Lapalisse, prise dans la rue ? Peuvent-elles être artistiques ? Peut-on encore améliorer une photo prise sur le vif avec un smartphone ? Il y a une multitude de thématiques possibles dans la photo de rue et j’en explore plusieurs tout au long de l’année dans mon challenge consistant à réaliser une photo par jour lors de mes trajets professionnels. Cette série dite Métro Boulot Dodo, diffusée sur ma page Facebook et réalisée principalement avec des smartphones, revêt plusieurs aspects de la photo de rue et certains sont sans aucun doute, plus accessibles que d’autres. Depuis que je me suis attaqué à ce sujet, j’ai appris à regarder mon environnement différemment et à mon goût, pas mal progressé. Je vais donc vous livrer ici quelques idées pour avancer plus vite que moi !

Je dirais que l’un des tout premiers critères de succès est l’intemporalité de certaines images. La preuve les photos de Doisneau ou Cartier-Bresson restent des références dans ce domaine. Et pourtant ces images immortalisent un moment de vie fugace, presque volé à ses sujets. Deuxième critère d’une bonne photo de rue, sa force. Il y a tellement d’images de ce style qui circulent et notamment depuis la révolution du numérique (internet, APN puis smartphone…) que pour qu’une photo marque durablement les esprits, elle doit avoir caractère exceptionnel et provoquer une émotion forte.

Mais c’est quoi la photo de rue ?

La photographie de rue (« Street Photography » en anglais) est donc une branche de la photographie dont le sujet principal devrait être une présence humaine, directe ou indirecte, dans des situations spontanées et dans des lieux publics comme la rue, les parcs, les magasins, les terrasses de cafés, les transports en commun, etc. Elles est pratiqué depuis les débuts de la photo et a ses maîtres. L’année 2014 a redonné un peu de popularité  à cette branche de la photo au travers de diverses expositions et  notamment la monumentale rétrospective de l’œuvre d’Henri Cartier-Bresson qui attira 425 000 visiteurs. Elle fut suivie d’une autre grande exposition à l’Hôtel de Ville de Paris intitulée « Paris Magnum ». On ne présente plus la contribution à la photographie de rue qu’ont apporté et apportent encore les photographes de cette agence devenue légendaire. En fin, la plus spectaculaire fut sans doute l’exposition de photographies puissantes dans de Garry Winogrand nombreuses stations de métro et dans les couloirs.

Le baiser, Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau
Le baiser, Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau

La photographie de rue ne s’enseigne pas dans les écoles de photo et fait rarement vivre son auteur. D’ailleurs, le photographe  qui la pratique n’aura pas de statut juridique ou fiscal. Elle est souvent le fruit d’une quette, voir d’une chasse furtive, qui lui donne un côté peut être mal vue . La rue est un territoire où l’on ne prête guère attention à son image et où le photographe prédateur est en éveil, prêt à s’en emparer. Pour moi, la photo de rue est presque toujours volée, comme le reconnaissait volontiers Henri Cartier-Bresson lorsqu’il disait : « Nous sommes des pickpockets ». Partant de là, il peut y avoir pour le photographe un risque juridique dès lors qu’il ne fait de l’information… Heureusement, aux yeux de la justice, la photographie dans la rue est libre, à condition de respecter certaines règles et qu’elle reste d’usage privée. Le photographe de rue a le droit de voir, il n’a pas le droit de montrer ! Bref, on joue au Pas vu pas pris !

Il faudra donc aborder la pénible et complexe question du droit à l’image ! Aujourd’hui, c’est devenu une véritable menace pour les photographes de rue et il faudra bientôt se promener  avec le code civil dans une poche et le code pénal dans l’autre, sans compter la jurisprudence !

Deux approches différentes de la street photo à adapter selon vos envies !

En effet, on peut distinguer la photo de rue spontanée et la photo travaillée mais dans les deux cas il vous faudra un bon coup d’œil. Cadrage et vitesse seront donc deux des composantes décisives à maîtriser afin de réussir vos images des moments décisifs ou percutants.

Passage zébré, Paris, (c) 2016 Greg Clouzeau
Passage zébré, Paris, (c) 2016 Greg Clouzeau

La photographie de rue prise à la sauvette a rarement ce côté glamour et léché d’une photo de mode faite en studio… Il faut composer avec l’instantanéité que l’on ne pourra reproduire, la lumière du site. Il faut aussi se faire le plus discret possible pour ne pas se faire repérer par sa cible pour ne rien modifier dans la scène que l’on souhaite immortaliser. Mais il est aussi tout à fait possible d’avoir une autre approche qui consisterait au contraire à interpeller l’autre, provoquer une situation en captant l’attention du sujet.

Car il existe assurément une photographie de rue plus conceptuelle, plus artistique, que la photographie de rue quasi documentaire et sociale chère à Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau (quoi qu’ils aient eux aussi franchi les limites), Willy Ronis et tant d’autres.

En effet, Robert Doisneau  était capable de demander à des passants de « rejouer » une scène à laquelle il avait assisté pour obtenir le cliché recherché. L’anecdote la plus connue reste celle de la photo « Le baiser de l’hôtel de ville » commandée par le magazine Life en 1950. Pour contourner le problème du droit à l’image qui devient à cette époque de plus en plus présent à l’esprit des gens, il engage un ami comédien et lui demande de poser avec sa petite amie. Ceci dit Doisneau était aussi un photojournaliste de l’agence Rapho, et capturait ce qui se passait devant son objectif.

Dans le registre artistique, on trouve des photographes comme Oan Kim de l’agence parisienne MYOP qui « explore dans ses photos les limites coulissantes de la réalité documentée et de la subjectivité qui en rend compte. » Les images sont de très belles, très fortes mais aussi très léchées, presque sophistiquées et donc assez éloignées de notre culture de la photo de rue.

Les vitrines un bon sujet de photos artistiques prises dans la rue.

Celles et ceux d’entre vous qui me font l’honneur de suivre ma série MBD connaissent quelques uns de mes thèmes de prédilection dans le domaine : les quais de gare, les balisages de signalisation, les affiches, et bien entendu les vitrines. Ces dernières se situent justement dans cette démarche plus artistique de la photo de rue.

Parmi les nombreux photographes avec lesquels je suis en relation, il y a un maître du genre : Philippe Duruisseau. Il explore depuis longtemps le sujet et propose plusieurs séries de clichés jouant sur les reflets dans les vitrines des magasins d’Orléans. Pour ma part, les photos illustrant cet article ont été faites devant les vitrines du Printemps Haussmann à Paris. Elles combinent les reflets avec les affiches (réalisées par Pin Up Studio) des fonds des vitrines.

A pleine bouche, Paris, (C) 2016, Greg Clouzeau
A pleine bouche, Paris, (C) 2016, Greg Clouzeau

Notion de droit d’auteur.

Sur les réseaux sociaux, les photos d’affiches faiblement renforcée d’une présence humaine sont assez courantes. Curieusement, il semble qu’aucun affichiste n’ait revendiqué un droit quant à la réutilisation plus ou moins insistante de son œuvre. Selon Joëlle Verbrugge, avocate spécialisée dans la photographie et elle-même photographe, la photographie serait sans doute considérée comme une œuvre composite par les tribunaux en cas de litige, l’affichiste et le photographe s’en partageant alors la paternité.  Pour que l’ouvre soit considérée comme telle et donc originale, il faudra user de d’un peu plus de créativité que le passage inopiné d’un piéton ! Quelle que soit la photo que je prendrais, l’insolite de la situation ne serait pas dû au photographe  mais à celui du concepteur de l’affichage et à un concours de circonstance. Il va donc falloir travailler le cadrage et le rendu de l’image, bref retoucher, pour donner de la force et de l’originalité.

Pour cela, il existe de nombreuses astuces facile à mettre en application dès votre prochaine sortie photo dans les rues de votre ville. Voici donc quelques conseils pour vous permettre d’obtenir de belles photos de rue.

Mordante ! Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau
Mordante ! Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau

Quel matériel utiliser pour la photographie de rue ?

La photographie de rue a pour but de saisir un instant unique dans la vie de tous les jours. Plus votre appareil photo est compact, moins vous serez remarqué. Du coup, les appareils hybrides peuvent être une bonne solution pour qui vise la qualité reflex sans s’afficher. Personne ne porte attention à un touriste qui fait quelques photos. Tout le monde se retourne si un photographe pro sort son encombrant matos en pleine rue et commence à shooter. Avec les progrès des appareils photos embarqués sur nos téléphones, on peut maintenant se contenter d’eux pour des clichés tirés sur de petits formats. C’est mon cas ou celui de Lucie Page dont je vous avez parlé il y a quelques temps et qui, elle aussi, shootait quotidiennement ses trajets en train.

La photographie de rue doit normalement saisir l’instant. C’est la limite des smartphones qui, hélas, ne sont pas toujours d’une très grande réactivité, surtout s’il faut le déverrouiller avant de lancer l’appli ! Avec un APN, privilégiez les modes semi-auto (Priorité ouverture, Priorité vitesse). pour n’avoir qu’un minimum de réglage à effectuer avant de déclencher. Pour être sûr d’obtenir une photo de l’instant décisif, utilisez le mode rafale de votre appareil pour augmentez vos chances d’obtenir la photo parfaite. Effacez ensuite les photos que vous ne retenez pas.

Vous allez donc devoir faire confiance à votre matériel, et vous verrez qu’il ne se débrouille pas trop mal ! Voici comment je règlerai mon appareil pour de la photo de rue :

  • ISO auto (avec une limite pour éviter de monter trop haut, à fixer selon votre appareil)
  • Mesure de l’exposition sur l’ensemble de la scène (ou spot si je veux gérer les hautes lumières)
  • Mode priorité à l’ouverture (que je fixe suivant la profondeur de champ souhaitée)
  • Mode silencieux et flash désactivé pour rester discret y compris sur smartphone !

Une fois les images captées, reste à leur donner un peu d’originalité et de force.

Attendre en souriant, Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau
Attendre en souriant, Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau

Comment renforcer la composition d’une photographie de rue ?

La photographie de rue nécessite une composition parfaitement soignée. Pour cela, gardez à l’esprit les règles de bases : appliquez la règle des tiers, évitez de centrer le sujet, soyez attentifs aux détails, et cherchez des angles originaux. Vous pouvez par exemple vous rapprocher du sol et inclure une partie de la chaussée ou des vieux pavés dans votre cadre. Les grands angles des smartphones et leur absence de profondeur de champs deviennent là un véritable atout !

C’est là aussi que nous allons faire intervenir notre créativité en postproduction. Pour ma part, je considère que ces photos ont plus de force en noir et blanc. Donc première opération, bascule en monochrome. Ensuite, je renforce les lignes de structure, force un peu la netteté et accentue certains contrastes. Notez bien que toutes les photos de cette série sont faites au smartphone, retouché en quelques clics avec les applis type Snapseed ou Photo Director dont je vous ai parlé.

Ensuite, vient le moment de donner plus de force par un recadrage. Attention, ces photos ne sont pas très grandes du fait de la taille du capteur et trop rogner peut être synonyme de perte de qualité. Pour certaine d’entre elles, je suis passé à un format plus classique de 4/3.

Photo originale avant recadrage et travaille du noir et blanc. (C) Greg Clouzeau
Une photo avant recadrage et travaille du noir et blanc. (C) Greg Clouzeau

 

 

Je garde rarement la couleur mais je trouvais intéressant le vert de l’arbre et celui les cils produit par un reflet

Yeux nature, Paris, (C) Greg Clouzeau
Yeux nature, Paris, (C) Greg Clouzeau

J’espère que ces quelques conseils vous aideront. N’hésitez pas à partager vos astuces perso dans les commentaires. Vous cherchez encore l’inspiration ? Allez voir les travaux d’Alex Webb , Bruce Gilden ou Trent Park Finalement c’est assez simple, car il suffit de sortir de un appareil et d’oser prendre certaines photos.

 

 

Bouche de métro, Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau
Bouche de métro, Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau

Pour aller plus loin :

http://www.vide.memoire.free.fr

http://www.regardsparisiens.fr/

http://bernardjolivalt.blog.lemonde.fr/

Pour rire

 

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