Fuji peut-il séduire les pros de la photo de sport avec son XT2 ?

dsc_1109Hier soir j’étais invité à un test de prise en main du tout nouveau boîtier XT2 de la marque Fuji. Un évènement très sympathique qui m’a permis de découvrir une nouvelle activité sportive (le Tricking, voir en bas de l’article), de discuter avec un photographe dont j’aime beaucoup le travail (Tristan Shu) et, d’approcher l’univers de Fuji. A l’heure où Canon lance son EOS 5 D mark IV  à plus de 4000 € sans accessoire et objectif, un photographe sportif peut-il trouver dans le Xt2, un boîtier de remplacement ? En tous cas, c’est un peu la promesse que semble vouloir nous faire Fuji…

J’avais déjà lu ici et là les premières impressions de quelques ambassadeurs de la marque comme Fred Marie (en français) ou l’excellent Jonas Dyhr Rask (en anglais) et leurs travaux ne laissaient que peu de doutes sur les performances du nouvel appareil de Fuji ! Mais comme sans être des revendeurs, les ambassadeurs des marques se risquent rarement à dire du mal des produits qu’on leur prête, mieux valait vérifier par soi-même. Précisons donc que je ne suis pas ambassadeur d’une marque et que je ne gagnerai pas d’argent si vous achetez un appareil et donc, même après cette soirée ou si Fujifilm venait à me prêter un boîtier, je ne me sens  pas tenu d’en dire du bien.

Séance de prise en main du XT-2 de Fuji à Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau

Séance de prise en main du XT-2 de Fuji à Paris, (C) 2016 Greg Clouzeau

C’est quoi le Fuji XT2 ?

Je ne vais pas vous faire ici la fiche technique du produit et de ses évolutions mais juste rappeler quelques petits trucs (voir  chez Fuji sur Phototrend ou Le monde de la photo pour ça). Je ne connaissais de Fuji que les pellicules argentiques avec lesquelles j’ai énormément travaillé dans les années 90 et les optiques Fujinon de très haute qualité qui équipent de nombreuses marques de prestige. Mais les boîtiers ?

Le XT2 est un « hybride » avec un capteur APS-C. Autrement dit, c’est déjà plus gros qu’un « compact » et ce n’est pas un « plein format » 24X36. La France est sans doute le seul pays ou l’on utilise ce terme fourre-tout.  Disons juste que la seule différence entre un reflex et un hybride réside dans la visée qui se fait à travers l’objectif pour le reflex grâce à  un système à miroir. Aujourd’hui, le choix de l’un ou de l’autre n’est plus une question de qualité d’image, de fonctions avancées, de réactivité, de technologie mais bien de taille de capteur, et de mode de visée. La preuve, de nombreux reflex empruntent des technologies défrichées et affinées par les hybrides, comme la détection de phase intégrée au capteur.

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Et c’est justement le capteur qui est une des spécificités importantes du XT2

Fuji étant un spécialiste de la couleur, il a mis au point un capteur dont la grande spécificité est justement « l’emplacement » des couleurs. En cela, Fuji rivalise avec le capteur Fovéon de Sigma qui m’avais tant séduit. Donc, sur le XT2 vous avez un capteur X-TransTM CMOS III de 24,3 mégapixels au format APS-C, sans filtre passe-bas associé au processeur de traitement d’image ultra-rapide X-Processor Pro. Par ailleurs Fuji a ajouté des modes, de simulation de couleurs hérités des plus célèbres pellicules de la marque. La taille des photos est également revue à la hausse (6000 pixels par 4000) ce qui est très pratique pour faire des tirages de grande taille, mais également pour avoir plus de marge de manœuvre pour recadrer !

Petit aparté technique sur la course aux pixels. Celle-ci s’impose dans un monde où les photos ne sont plus imprimées mais regardé sur des écrans de plus en plus performants. C’est aussi pour cela que nombre de boîtier font aussi vidéo ! Ainsi sur un écran Retina, il faut désormais 4 fois plus de pixels que sur un écran classique. Donc, si vous voulez afficher dans Photoshop ou autre vos images à la même taille que précédemment, il vous faudrait multiplier par 4 la résolution de vos images sur Macbook Pro 13″ Retina ! Autant vous dire qu’on n’en a pas fini avec cette histoire !

Du coup, les images pèsent de plus en plus lourd. Ça tombe bien, le boitier est équipé de deux emplacements pour cartes SD et on peut gérer les destinations des fichiers, comme sur les reflex Canon et Nikon pros. Enfin, bien entendu le XT2 filme désormais en 4K et il est désormais possible de gérer l’ouverture et la vitesse pendant le rush en cours d’enregistrement.

Un AF de fou à vous faire abandonner votre boitier pro Canon

Mais une des armes fatales de ce boîtier réside certainement dans son système d’autofocus et de suivi de la mise au point. 91 zones AF (et jusqu’à 325) dont 49 sont dédiées à la détection ! A cela Fuji ajoute des réglages personnalisés de l’AF-C pour garantir un exceptionnel suivi des sujets en mouvement. En rafale, le XT2 affiche 11 images/seconde ! Aucune chance de louper LA photo ! Pour garantir la cadence et l’autonomie, il est en revanche indispensable d’associer au XT2 une poignée grip (vendu séparément pour envions 300 €) sinon vous ne dépasserez pas les 340 photos. Cette dernière embarque deux batteries supplémentaires et permet de shooter en vertical. De toutes façons, sans ce grip additionnel, la prise en main, notamment certaines des grosses optiques, n’est pas terrible.

Exemple de ce que l'on arrive à faire comme image avec un Xt-2 par Tristan Shu

Exemple de ce que l’on arrive à faire comme image avec un Xt-2 par Tristan Shu

Deux autres améliorations du X-T1 viennent compléter le tableau. Un petit joystick permet désormais de sélectionner sa zone de mise au point, comme avec les boîtiers pros et l’écran LCD devient orientable verticalement et horizontalement !

Bref, beaucoup changements  marquants qui font passer le XT du rang d’appareil hybride « pour amateurs avertis », au rang de boîtier « compatible avec des exigences professionnelles ».

Sur le terrain, ça donne quoi ?

Si l’on en croit les multiples publications des ambassadeurs de la marque, ce « petit » boîtier  a tout d’un « grand » et peut tout faire ! Studio, portrait, reportage, macro, animalière ou sport  ! Mais il faudra les croire sur parole, ce n’est pas en faisant quelques images dans un appartement parisien que l’on peut en juger. En tous cas, j’ai pu jouer et me prendre pour Tristan quelques minutes… Merci encore aux  3 trickeurs du collectif L’Envolée, Ahmed Chouikhi, Kevin Cétout et Mehdi Harhad pour leur performance dans un petit appartement parisien surchauffé !

Si j’ai pu discuter avec Tristan de certaines fonctions et rendus, je n’ai pas pu les expérimenter moi-même. Ceci dit, j’ai assez confiance en lui. Pour autant, a-t’il complètement lâché son Nikon ? Non, car, pour l’utilisation de certains spots (voir mon article sur la photo d’escalade au flash), il faudrait que les fabricants intègrent Fuji dans leurs paramètres.

Mes premières impressions :

J’ai beaucoup aimé le look un peu rétro du boîtier et les différentes molettes (emplacement, ergonomie, accroche…). La prise en main, avec le grip, est plutôt très bonne et le poids, redoutablement bas. Même avec plusieurs objectifs, il est certains qu’un photographe professionnel appréciera cet allègement  considérable de son sac photo. En reportage, en montagne, fini les courbatures ! Enfin, côté prix, là aussi, le gain est substantiel. Si le grip est un peu cher (329 €), le kit X-T2 + XF18-55mmF2.8-4 R LM OIS s’affiche à 1999 € et la gamme de 22 objectifs couvre bien les besoins.

Je n’ai pas pu apprécier la soi-disant la simplicité des menus mais à voir comment les habitués naviguaient cela doit être vrai. Côté boutons de réglage, autant les grosses roues sont faciles à tourner y compris pendant le shooting, autant les sélecteurs situés sous ces roues (changement de mode de mesure…) ne sont pas faciles à accrocher, les poussoirs étant situés sur la face avant de l’appareil.

Je ne suis pas fan (mais alors absolument pas !) de la visée numérique même si celle-ci est ici exceptionnelle versus ses concurrents. Du coup, j’ai une furieuse tendant à composer mon image avec l’écran LCD, d’autant qu’il est orientable.

L’écran n’est pas tactile (dommage car en vidéo, c’est très utile) et ses charnières me semblent un peu fragiles. D’ailleurs, pour le sable de Fontainebleau, la magnésie, la poussière…j’ai un peu peur.

Avec le 10-20 mm, l’équilibrage est excellent mais avec les gros objectifs XF, c’est déjà nettement moins bon notamment à une main conséquence de la légèreté du boitier (Rappel, par rapport à un plein format en 24X36, il faut multiplier la focale par 1.5 ainsi un 10 mm utilisé sur le XT2 sera équivalent à un 15 mm).

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Prise en main du XT-2 de Fuji. Un déséquilibre vers l’avant assez fort avec le 16 – 55 mm malgré le grip.

Enfin, il faut sans doute apprendre à se servir des multiples fonctions et réglages pour apprécier correctement cet appareil (encore une fois, c’était un premier contact avec l’univers Fuji). J’ai été époustouflé par les performances de l’AF et du processeur (rafale, gestion des couleurs et lumières…). Attention, il vous faut des cartes SD à la hauteur !

Les quelques images que j’ai pu faire ne m’ont hélas pas permis d’apprécier correctement le piqué des objectifs. J’ai shooté en Jpeg sur un appareil pré-réglé sur de forts Iso d’où, à mon avis, un peu trop de bruit numérique… Mais vu les images tirées par Tristan, c’est certainement ma faute ! Je demande quand même à voir en spectacles, festivals et autres concerts live.

En parlant bruit justement, le XT-2 est extrêmement silencieux !!! Vous pouvez capturer le moment en toute discrétion et là, c’est un vrai plus par rapport au clic-clac des appareils pros !

Donc, pour conclure, je dirais que « oui », le Fuji X-T2 est taillé pour rivaliser avec les meilleurs reflex du moment sur de très nombreux terrains et prend toute sa valeur dans les sports de vitesse ! Il conviendra donc aux pros comme aux amateurs avertis. C’est d’ailleurs un avis partager par pas mal d’autres photographes présents ce soir là comme Genaro Bardy qui a publié lui aussi un article et quelques clichés bruts dont je l’en remercie…

Le site Fujifil HD pour voir des photos

Le Tricking c’est un mélange d’arts martiaux, de gym accrobatique, de capoeira… Pour vous faire une idée de la chose ne manquez pas ce film d’une minute produit par le Studio White & Black et l’Agence Pschhh et réalisé par Cyril Masson : https://youtu.be/wgZAZVWcqXU

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