Greg CLOUZEAU

Auteur et photographe indépendant depuis 1994

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Bouquetin sur les pentes du Mont Aiguille

Des bouquetins jusqu’au sommet du Mont Aiguille

Et si les bouquetins du Mont aiguille n’étaient rien d’autres que les descendants du fameux bélier décrit par Rabelais dans son récit de l’ascension de cette montagne ?

En effet, au XVIe siècle, Rabelais, a beaucoup écrit sur cette région. Dans un précédent article, j’avais évoqué Orpierre et son Quiquillon, cailloux tout droit sortie de la chaussure de Gargantua. Dans le Quart Livre, Rabelais relate avec tout l’imaginaire que l’on connaît de cet auteur, la première ascension faite par Antoine de Ville de ce qui était encore appelé le « Mont Inaccessible ». Et que trouva l’alpiniste au sommet de cette montagne légendaire : un bélier !

« Ainsi dict pource qu’il est en forme d’un potiron, et de toute memoire persone surmonter ne l’a peu, fors Doyac, lequel avecques engins mirificques y monta et au-dessus trouva un vieux bélier. C’estoit à diviner qui là transporté l’avait. Aucuns le dirent, estant jeune aignelet, par quelque aigle ou duc chaüant là ravy, s’estre entre les buissons saulvé. »

Surprenant non ? Mais, et s’il s’agissait tout simplement d’un bouquetin ?

Bouquetin sur les pentes du Mont Aiguille

Bouquetin sur les pentes du Mont Aiguille

En effet, il n’est pas (plus) rare de croiser ces mammifères sur les vires de la montagne car, après une longue absence, le bouquetin des Alpes est de retour dans le massif. Nous avons croisé les premiers individus juste sous le pied de la voie normale du Mont Aiguille. Mais de là à les croiser gambadant sur la prairie sommitale… Pourtant, il y a quelques jours, j’ai pu en observer juste en dessous sur les vires de descente, au dessus des Tubulaires (nom d’une voie empruntée à la descente)…

Bien entendu, les spécialistes du “mont inaccessible” suspectent leur présence sur la prairie sommitale depuis plusieurs années mais sans savoir exactement par où ils  passent. Les croiser au-dessus du couloir des Tubulaires est assez hallucinant ! Mais par où grimpent-ils alors que nous descendons par un grand rappel de 45 mètres ? En tous cas, si personne ne les a encore photographié sur la grande prairie sommitale, nul doute qu’ils montent jusque-là car ils n’ont plus aucun obstacle au-dessus de ce couloir. Reste à savoir qui sera le premier à les surprendre là-haut…

Mais au fait, c’est quoi un bouquetin ?

Le Bouquetin des Alpes (Capra ibex ibex), est un mammifère protégé, ruminant et herbivore qui vit entre 15 et 20 ans. Rappelons donc que leur chasse n’est pas autorisés ! Pour celles et ceux qui sont assez nuls pour confondre comme moi un bouquetin avec un chamois, sachez que le bouquetins c’est celui qui est clair sous le ventre alors que le chamois porte un masque beige clair et que ses cornes ont la forme d’hameçon.

On distingue dans les bouquetins, le Cabri, c’est à dire un jeune dans sa première année sans différenciation de sexe, des éterles et éterlous (les femelles et mâles dans leur deuxième année) qui seront nommées étagnes et boucs à partir de trois ans. Un bouc mesure en moyenne 80 cm au garrot (au-dessus de l’épaule) pour une longueur totale, du museau à la queue, de 150 cm. Il pèse en moyenne entre 65 et 100 kg suivant l’âge et la saison. Dès l’âge de 3 à 4 mois, il porte des cornes persistantes ornées de bourrelets. Les cornes croissent durant toute la vie jusqu’à atteindre parfois plus d’un mètre de longueur.

Bouquetin sur les pentes du Mont Aiguille

Bouquetin sur les pentes du Mont Aiguille au départ de la voie normale

La femelle, l’étagne donc, est plus petite et plus fine, ne mesurant qu’environ 75 cm au garrot pour une longueur de 110 cm. Son poids oscille entre 35 et 50 kg suivant la saison. Elle porte des cornes dépourvues de bourrelets qui sont plus minces et plus courtes (30 cm au maximum).

Pour les plus jeunes sujets, la reconnaissance du sexe est généralement impossible dans la première année et reste délicate jusqu’à l’âge de trois ans. Les cabris portent des cornes qui ne dépassent pas la taille des oreilles.

Les cornes constituent un élément moteur dans la reconnaissance des sexes (à travers les bourrelets de parure), mais également pour déterminer l’âge (stries de croissance). Chez les éterlous, les cornes se font plus épaisses et les premiers bourrelets apparaissent. Chez les éterles, elles sont plus minces et dépourvues de bourrelets.

Au cours de vos randonnées en montagne, en étant un minimum discrets et observateurs, vous pourrez rencontrer très facilement des bouquetins. L’observation de cette espèce est une activité captivante mais qui doit être pratiquée correctement, c’est à dire en respectant certaines règles car, contrairement à d’autres espèces sauvages (notamment chamois, chevreuils, etc.), le bouquetin ne prend pas la fuite rapidement et peut se laisser approcher facilement. Malgré une apparente quiétude, les animaux peuvent être stressés. Montagne oblige, ils courent rarement pour fuir mais se réfugient dans les secteurs rocheux et escarpés.

Bouquetin sur les pentes du Mont Aiguille

Bouquetin sur les pentes du Mont Aiguille au départ de la voie normale

Ne cherchez pas à vous approcher des bouquetins et au moindre changement d’attitude des animaux, éloignez vous.

En tous cas, croiser des bouquetins si près du sommet du Mont Aiguille est une magnifique preuve de la croissance de cette population estimée à près de 500 bêtes sur le territoire du Parc naturel régional du Vercors (dont une cinquantaine dans le Royans). Songez que seul 36  animaux ont été réintroduits en 1989/90. Un succès d’autant plus spectaculaire que plusieurs experts ne croyaient guère à l’adaptation du bouquetin sur ce territoire de moyenne montagne. Certes, c’est moins haut mais les crêtes du Vercors restent très sauvages et quasi désertes. Un milieu milieu rocheux et vertical où leur agilité les a amenés à coloniser un environnement idéal.

A propos du Mont Aiguille

Cette montagne est considérée comme le berceau de l’alpinisme. En effet, outre la découverte des Amériques, 1492 date aussi la première ascension du mont Aiguille. Elle est réalisée le 26 juin 1492 par Antoine de Ville, seigneur lorrain de Domjulien et Beaupré et capitaine du roi, accompagné, suivant différentes sources, de sept à une vingtaine d’hommes et d’un notaire. Jusque-là, le rocher Supereminet Invius (latin : « il se dresse, inaccessible ») est représenté sous la forme d’un rocher surmonté d’une pyramide renversée. C’est donc sur ordre de Charles VIII, roi de France que la conquête de ce « mont Inaccessible » eut lieu avec l’aide d’échelles destinées à la prise des châteaux forts. La montagne est alors baptisée « Aiguille-Fort » et il faut attendre 1834 pour qu’une seconde ascension soit réalisée par des habitants des villages situés en contrebas.

Le Mont Aiguille dans sa face la plus accessible, Vercors, France

Le Mont Aiguille dans sa face la plus accessible, Vercors, Franc

Aujourd’hui partiellement équipée d’un gros câble vieillot, la « voie normale » est sans doute l’itinéraire le plus commode en dehors des piste des bouquetins. Cette course de niveau PD+  avec quelques passages de 4a reste toutefois très exposée aux chutes de pierre (notamment dans la cheminée terminale). Je vous conseil donc de la parcourir avec un guide de haute montagne et un équipement adapté. La voie de 1492 a probablement disparu dans un des nombreux éboulements dont est coutumier cet montagne, la voie normale reprend l’itinéraire de Jean LIOTARD réalisé le 16 juin 1834.

Renseignements sur http://montaiguille.free.fr/

Face sud du Clapis dans les nuages, 1996, (C) Greg Clouzeau

Souvenirs d’un très bel hiver en falaise

Il y a bien longtemps,  c’est avec l’ami Alain Hoffmann et Didier Gérardin que je partais grimper sur les falaises du sud de la France alors que d’autres migraient vers les pistes de ski.

Au pied des Dentelles de Montmirail, après avoir traversés les vignes enneigées en face nord, guidé par l’infatigable Régis Leroy, nous passions la Brèche où rapidement le soleil réchauffait nos corps pour une escalade hivernale en short et T-shirt !

Voici quelques diapositives de 1996 scannées rapidement (pardon pour les poussières) que j’avais envie de partager avec vous.

Les Dentelles de Montmirail, situées dans le département français de Vaucluse, sont une chaîne de montagne qui marque la limite occidentale des monts de Vaucluse.
Altitude : 730 m, crête de Saint-Amand
Massif : Monts de Vaucluse (Alpes)
Roches : calcaire
Pays : France
Département : Vaucluse
Région : Provence-Alpes-Côte d’Azur
Les Dentelles c’est aussi la partie méridionale des Côtes du Rhône et les 5 crus qui y sont plantés : Gigondas, Vacqueyras, Beaumes de venise, (Rasteau et Chateauneuf du Pape plus loin) + côtes du rhône villages, les génériques et les côtes du ventoux.
Bref, autant vous dire que c’est (encore) une bonne région pour le vin…
C’est drôle comme les grimpeurs et leurs falaises de calcaire sont toujours des sites viticoles…
Tous les renseignements sur http://www.rocdentelles.com/
A la Cascade de Céüse avec Arnaud Ceintre

Photographe du vide

La photographie d’escalade en falaise ou de travaux acrobatiques n’est pas chose facile. Tout le monde ne peut pas se suspendre dans le vide à plusieurs dizaines de mètres du sol tout en assurant sa sécurité et de celle du grimpeur et en faisant de belles images ! C’est d’ailleurs un métier qui a ses spécialistes. Rappelons donc tout de suite que même les grimpeurs et photographes professionnels sont soumis aux lois universelles de la gravité comme nous l’a rappelé l’accident de  Mike Fuselier. Alors voici quelques rappels et astuces pour améliorer vos photographies d’escalade sur les falaises dès que les beaux jours vont revenir. Plusieurs des images qui illustre cet articles sont issues de mes premières séries en falaise dans le milieu des années 90. Elles sont scannées à partir des diapositives…

Quelques trucs et astuces rapides

La facilité incite le photographe amateur à photographier le grimpeur depuis le bas de la falaise. Malheureusement, les résultats sont souvent pas terribles. A moins de shooter une très belle sportive, les points de vue  genre gros plan sur les fesses sont bien peu intéressants. Mais… Il tout de même possible de faire de belles images au pied des voies.

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Steph au départ de la facteur à Cormot (2016)

Ce peut être au départ de la voie, depuis une vire intermédiaire ou en des phases de préparation et repos. C’est aussi l’occasion de s’intéresser au cadre qui nous entoure, à la faune, la flore…

Didier Gérardin dans la falaise du Château à Orpierre

Didier Gérardin dans la falaise du Château à Orpierre

Il semble donc que l’emplacement idéal pour photographier un grimpeur se situe plus ou moins à sa hauteur ou  bien au-dessus de lui pour avoir une vue plongeante. Là, attention, il faut être capable de grimper, s’assurer, remonter sur la corde… en toute sécurité. On évitera aussi de se placer juste à la verticale du sujet tant pour l’image que pour la sécurité ! Pour certains shooting, le photographe va rester pendu des heures dans le vide et devra donc s’armer d’un baudrier très confortable, voir du sellette mais aussi de tout le matos nécessaire et bien entendu d’une bonne bouteille d’eau.

Faites attention à votre placement par rapport au soleil. L’ombre du photographe, c’est pas terrible sur l’image. Il en va de même de la corde statique…

On privilégie les images de grimpeur en tête plutôt qu’en moulinette.  Oui, la moulinette, ça fait pas très pro…

Enfin, méfiez-vous, certaines surface sont très réfléchissantes. C’est le cas par exemple des falaises de la Seine dont la craie blanche conduit à une sous exposition comme la neige qu’il faut compenser. Dans les  surplombs, le photographe  ne touche parfois plus  le rocher. Il lui faut savoir remonter et se déplacer sur une corde. Avec un peu de vent, il aura tendance… à tourner ! L’utilisation de pédales peut alors être un vrai plus. La daisy-chain pour se vacher à la bonne longueur est top…

Alain Hoffmann, les kilos vont en enfer, 7a, Orpierre

Alain Hoffmann, les kilos vont en enfer, 7a, Orpierre

Il peut être intéressant de travailler à deux cordées notamment dans les grandes voies. Une cordée photographie l’autre. Pour cela, le photographe prend la place de second et essaye de se mettre un peu au-dessus, en parallèle du leader de l’autre cordée… En revanche, il faut avoir le même niveau ou garder le rythme…

Un matos de pro

J’ai déjà consacré plusieurs articles au matériel de photographie d’escalade (notamment celui-ci). Aujourd’hui, les pros utilisent encore massivement des réflexes mais sont de plus en plus séduits par les hybrides type XT-2 de Fuji (que j’avais testé ici). En effet, comme il faut un boitier minimum (plus un, en cas de panne), des batteries pour tenir la journée et deux objectifs type  grand angle et zoom, réduire le poids est une bonne chose.

Il y a pas de mal de jeunes photographes qui tournent aussi des vidéos et utilise donc ces appareils à visée numérique dont les Alpha de Sony. Certains se contentent facilement de boîtiers type Canon EOS 80…

Les  très grands angles sont idéals pour essayer de rendre la hauteur (une couenne de 10 mètres peut même passer pour une grande voie du Verdon avec un 20 mm) et la grandeur des paysages. Les zooms permettent au contraire d’isoler un détail, de détacher le grimpeur, etc. Dans de nombreux cas, on peut s’en tirer avec 24-105 mm de base…

Attention aussi à chaque changement d’objectif. La poussière et la magnésie, les rayures mais aussi et surtout la chute peuvent facilement venir gâcher une très belle journée !Chaque manipulation est à assurer.Vérifier toujours deux fois que le sac de matos est bien accroché et qu’il est bien fermé et que vous, vous êtes correctement assurés.

Le regretté Thierry Nief dans un magnifique pilier à Orpierre.

Le regretté Thierry Nief dans un magnifique pilier à Orpierre.

Choisir son site et ses sujets !

C’est une évidence mais  pour faire de bonnes photos d’escalade, il faut déjà un beau site, une belle lumière (tard le soir, tôt le matin)… Faire des repérages, connaître les lieux est un vrai plus !!!

Ensuite, il faut des grimpeurs compréhensifs, patients (et si possible bien habillés). En effet, il faut parfois demander au grimpeur de refaire tel ou tel passage plusieurs fois pour avoir plusieurs angles différents et réussir à capter le geste où le regard. Certains grimpeurs apprécient moyennement la plaisanterie quand vous leur dites qu’ils faut qu’ils refassent le crux du 7c+ parce que vous étiez entrain de regarder ailleurs ou que vous aviez oublié de changer la carte mémoire presque pleine.

Cathy Kaminsky dans la même voie avec un autre point de vue, plus graphique

Cathy Kaminsky dans la même voie avec un autre point de vue, plus graphique

Voilà, pour commencer.

Si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à me le signaler dans les commentaires. J’y reviendrai !

Shooting à Orpierre, 1997, (C) Greg Clouzeau

Making of d’une photo il y a 20 ans à Orpierre

Beaucoup de travail en ce moment alors pas le temps d’écrire grand chose ou de vous proposer des images d’actualité. Ceci étant dit, étant actuellement plongé dans certaines vieilles boîtes d’archives et de diapositives, je suis tombé sur cette série argentique d’il y a 20 ans.

Petite histoire d’un shooting en compagnie de Didier Gérardin, Alain Hoffmann et notre guide, Nicolas Jeannin pour des photographies très atypiques d’Orpierre.

Shooting à Orpierre, 1997, (C) Greg Clouzeau

Shooting à Orpierre, 1997, (C) Greg Clouzeau

Orpierre, c’est ce superbe petit village  des Alpes du sud qui témoigne encore du passé  florissant de la Baronnie  des Princes d’Orange,  au travers des ruelles, drailles et passages couverts du village médiéval. C’est aussi, bien entendu, une destination internationale incontournable pour bon nombre de grimpeurs et grimpeuses en quête d’escalades « plaisirs » mais aussi très difficiles.

Ma première fois c’était en 1989.

L'ami Nicolas notre Guide et assistant ! Merci Nico. (C)1997 Greg Clouzeau

L’ami Nicolas notre Guide et assistant ! Merci Nico. (C)1997 Greg Clouzeau

Depuis, je ne manque jamais une occasion d’y retourner et retrouver mes amis.

En 1997, à la demande de Nicolas, pour renouveler la collection de cartes postales en vente dans le magasin, nous avons, Alain et moi, réalisé de nombreuses images. Parmi les cartes postales issues de ce travail, il y en a une signée Alain de Didier en pleine méditation sur un gros rocher orange. Elle vient de cette série…

C’est donc à l’entrée d’une ancienne mine (à gauche de la falaise du Puy) que nous sommes allez faire nos photographies profitant des ocres magnifiques du rocher. Attention, ce secteur est très dangereux et son accès est maintenant interdit.

Si aujourd’hui, certains utilisent un drone pour prendre de la hauteur, hier il nous fallait un escabeau ! C’est Nicolas qui joua le porteur. Ensuite, nous avons shooté, moi, pour avoir Didier et son ombre, Alain, perché sur son escabeau, pour avoir le village et le Quiquillon en arrière plan.

Nous avons joué avec la lumière 100% naturelle. Un réflecteur doré pouvait aussi s’avérer utile pour renvoyer cette lumière et déboucher des ombres mais là, je n’ai pas le souvenir d’en avoir utilisé. Parmi les nombreux conseils reçus d’Alain ce jour là, j’ai retenu celui du choix de la tenue vestimentaire du modèle. Ainsi Didier est monté avec plusieurs débardeurs, T-shirts et shorts et c’est une tenue en adéquation avec le rocher et le ciel qui fut choisi…

Didier, un grimpeur de bloc à Orpierre (C) 1997 Greg Clouzeau

Didier, un bleausard à Orpierre (C) 1997 Greg Clouzeau

 

Et là c'est moi ! Merci Allain Hoffmann.

Et là c’est moi ! Merci Alain Hoffmann.